soirée

Publié le par La basket trouée

56.jpgElle était dure cette soirée... Ca fait déjà plusieurs jours que je sens le vent tourner à mon désavantage et aujourd'hui, indomptable, il a emporté tous mes espoirs de voir une situation se solidifier et m'offrir une qualité de vie digne de mon travail.

 

Je ne pleure pas facilement. Je ne réplique pas durement non plus. Mais, à l'intérieur de moi, tout se déchire et me plonge dans une solitude profonde qui m'isole un peu plus, chaque jour.

 

Et ce soir, la déception a fait part à une tristesse tranchante, poussant à son extrémité l'état de fatigue qui m'accompagne.

 

C'est difficile cette sensation de devoir se battre pour avoir les choses les plus basiques ; celles que les autres ont depuis toujours. C'est douloureux de devoir reconstruire une vie qui, avant la maladie, ne tournait pas si mal.

 

Ce soir, plus que n'importe quel autre soir, je me suis sentie dépossédée de mes moyens, humiliée, punie. Une pression a commencé à serrer mon ventre et une envie de chocolat a fait surface. J'ai soupiré, inquiète. La boulimie n'était pas loin et moi et moi, j'étais prête à plonger en elle.

 

J'ai eu beau tenter de me raisonner, il me fallait ce chocolat. Je l'ai pris, l'ai suçoté avant d'en reprendre un autre morceau, puis un autre. Et là, sur la table basse, un petit bout de sandwich rassi, probablement abandonné par Couette-Couette, a détruit ma dernière volonté.

Je l'ai mis dans la bouche comme je me serai blottie dans des bras réconfortants, sans ménagement ni délicatesse.

Mes dents déchiraient le pain desséché avant de le mastiquer avec une énergie hystérique.

 

J'allais me perdre si je ne me reprenais pas. Il a fallu que je me parle, comme si je l'avais fait à quelqu'un d'autre, pour m'entendre. "Ce n'est pas grave ce chocolat et ce bout de sandwich. Tout le monde fait ça après un coup de blues... Ou fume, ou boit. La boulimie ce sera plus tard, si tu ne t'arrêtes plus, si cette recherche de bien être devient un acharnement destructeur."

 

Je me suis arrêtée illico. Dehors, il faisait plus de 35° malgré l'heure avancée. Je n'allais pas  pouvoir courir pour tenter une réconciliation entre moi et la bouffe.

 

Je n'ai pas été moins triste, mais je ne m'en suis pas voulu non plus. Il n'y avait pas vraiment de dégâts. Les seuls que je vois sont ceux que les autres font en jouant de façon insouciante avec la vie que je tente de charpenter.

Publié dans La bouffe et moi

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